Quelques états d’âme concernant les cours

Donner des cours est à la fois crevant, excitant, parfois décourageant et toujours riche d’enseignements.

Crevant, parce que durant une heure il faut tout donner à la personne qui est en face. Il faut lui porter toute son attention, essayer de percevoir ce qui roule et ce qui bloque, ce qui peut s’améliorer et ce qui ne peut pas… Pourtant, des fois, des élèves m’ont dit que cette attention permanente leur pesait, qu’ils avaient aussi besoin de moments où l’on ne s’occupe pas d’eux, où ils bidouillent leurs trucs tout seuls. Pas facile de gérer ça, car en tant que prof, j’ai toujours l’impression qu’il faut « en donner pour son argent » à l’élève qui a fait l’effort de payer et de venir. Pour moi, ça signifie donc avant tout apporter le maximum, mais je m’aperçois peu à peu que ce n’est pas la règle absolue, ni même générale. Certains élèves viennent pour passer une heure tranquille et agréable, en dehors de la vie ordinaire. D’autres viennent pour jouer de la musique, tout simplement, et pas forcément pour progresser. Les accompagner peut suffire à leur bonheur. rare sont, en fait, ceux qui viennent uniquement pour progresser rapidement et efficacement. Je me retrouve donc parfois dans cette drôle de situation où j’essaie de chercher ce que je pourrais bien apporter d’intéressant à l’élève qui est là, tandis que lui me fait tranquillement la causette sur tout autre chose.

Excitant, parce que, des fois, tout d’un coup on a l’impression que ça marche, que l’élève avance d’un grand pas… Tout d’un coup il prend de l’autonomie, il explore par lui-même un nouvel ensemble de possibilités de son instrument, ou il franchit un cap technique qui le freinait depuis longtemps. Parfois même il arrive que la musique le libère d’autre chose, le fasse avancer dans d’autres domaines. Dans quelques cas, la musique transforme l’homme, et lorsque l’on a été, même un tout petit peu, artisan de cette transformation, alors ou on est heureux et excité.

Revers de la médaille, donner des cours est parfois décourageant aussi. Lorsque l’on a l’impression que quoi qu’on fasse ça n’avance pas, que l’autre n’est pas « doué ». Quel horrible mot, auquel je ne crois pas et que pourtant, dans certains cas je ne sais pas faire autrement que d’employer. Là encore il faut savoir relativiser, comprendre que si l’élève vient et revient c’est forcément qu’il prend quelque chose. Le problème est parfois de comprendre quoi, justement.

Mais malgré tout, enseigner la musique est toujours riche d’enseignement. Parce que pour apporter quelque chose à l’autre, il faut l’avoir compris soi-même. Enseigner c’est se forcer à comprendre soi-même, c’est donc un élément de progression personnelle très efficace. Pour cette raison, même si l’enseignement de la musique n’est pas au centre de mon métier (qui est de jouer moi-même de la musique), je pense que je n’arrêterai jamais.